Envelopper la lumière

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Envelopper la lumière bronze patiné

Un récit se superpose à la forme.
Le mur, une forêt de traits, de chemins, réinvente le paysage avec ses courbes, ses espacements. Le tressage de la surface et la matière se rapprochent du vivant, du végétal.
Dessins, frottages sont spontanés, réalisés délicatement, ils dévoilent l’intimité et l’histoire de l’arbre. Ce procédé est utilisé par les surréalistes cherchant à faire remonter sur le dessus du support des images enfouies dans les profondeurs. Les cicatrices laissées par la tronçonneuse forment un graphisme de traits rectilignes et quelquefois arrondis. Elles griffent la surface sans altérer la vue que nous avons des cernes du bois. Celles-ci sont toujours visibles par le jeu entre bois dur et bois tendre. C’est cette alternance qui fait que nous les percevons. Quand je prélève les traces par frottage on s’aperçoit que nous perdons cette relation avec ce qui est l’arbre, sa croissance. La surface est striée. Le relevé de la trace par empreinte dévoile cet aspect. Le frottage au graphite suggère une présence visuelle inattendue, un effacement, comme si l’on avait voulu masquer quelque chose. Le regard plonge au travers de l’enchevêtrement des traits, c’est une oblitération de la nature. Le support est maculé comme dans une action painting. De ce rapport au gestuel qui nous abstrait du support, ce processus aboutit à une perte de l’image de l’arbre et de son identité. Le frottage est un procédé qui abolit la distance, sa réalisation nécessite de mettre en contact. Nous sommes dans un rapport tactile avec l’objet, presque à l’image du corps et de la peau « à fleur de peau ». Une proximité enveloppante, elle rend sensible, épidermique, notre relation avec le végétal. Le geste tactile révèle le dedans, devient un lieu de création où la pensée de l’œuvre peut s’inscrire. De cette topologie imaginaire liée à un geste, à une action de destruction, l’espace intérieur se déplie dans un paysage, provoque un renversement qui dilate les dimensions. Cette sculpture questionne notre relation au monde, à ce qui nous habite. C’est une interrogation philosophique et métaphysique dans un langage esthétique qui développe une représentation qui n’est ni figurative ni symbolique. Le processus créatif façonne les concepts dans le sensible, concrétise la visibilité de l’œuvre. Leur mise en œuvre dialogue avec les matières utilisées. Vivre l’épreuve de la matière et sa capacité à refléter les idées engendrées, à se déployer et sublimer la matérialité pour dégager l’œuvre de sa gangue.
La sculpture est conçue en collaboration avec la fonderie Galmiche, Bois d’Émery à Froideconche pour la réalisation en bronze. Ce choix de la technique au sable convient parfaitement, le métal conserve une meilleure résistance, une meilleure tenue, il permet de réaliser un voile, de créer une forme dont la géométrie s’inspire du vivant. Le bronze est un alliage qui révèle une lumière intérieure. Patinée avec une dominante rouge orangé, cette tonalité liée au mouvement est proche de la pigmentation du cuir, de la peau.
La couleur accentue le rayonnement, dynamise l’impulsion dans un geste circulaire ouvert, chargé d’une énergie en mouvement qui traverse l’espace dans un élan fugitif.
La création alliée à la technique transcende, dévoile l’essence de l’œuvre dans un rapport poétique au monde.

Sculpt Pesmes - Denis Pérez 
Artiste Plasticien
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